La langue, cet outil essentiel pour des professions impliquant, d’une façon ou d’une autre, l’écriture. Une bonne maîtrise n’est pas suffisante, ni d’ailleurs un tas d’excellents dictionnaires et manuels. Tant que l’on apprend une langue juste pour faire du tourisme, se plonger dans la littérature du pays ou communiquer avec des étrangers, tout va bien, mais dès qu’il faut l’utiliser comme un Français, au milieu de et pour les Français, les choses sont autrement différentes.
Longtemps, pour un expatrié, sa langue « adoptive » n’a pas de poids, les mots sont dénués de toute charge affective, les jeux de mots courants restent imperméables et en tout cas ne génèrent pas cette joie linguistique spontanée que suscitent ceux de la langue maternelle. Cette deuxième langue reste irrémédiablement extérieure et comme intouchable.
J’ai l’impression de pouvoir écrire en français sans problème tant que cela porte sur des questions roumaines, mais que je serais incapable de rédiger les commentaires en OFF sur des émissions telles, pour n’en donner qu’un exemple, UN DINER PRESQUE PARFAIT. Je ne maîtrise pas tout une multitude d’expressions et puis j’aurais du mal à éviter les formulations mille fois entendues ou tout simplement niaises.
Je crois que l’on arrive à maîtriser réellement une langue, et donc un territoire mental, lorsque ses milles syntagmes opaques deviennent transparents. Bien sûr, tout cela n’empêche pas d’exercer une profession, cela peut même donner une certaine empreinte stylistique, mais cette course permanente n’arrête pas de rappeler à l’EXPATRIE sa condition irrémédiablement étrangère. Et de souligner sans cesse son immersion dans l’altérité.
C'est également par la langue que passe l’invention d’un passé commun avec ses nouveaux compatriotes. Se reconstruire un chez soi personnel, intime et professionnel dépend beaucoup de cet exercice progressif, assez douloureux et d’une beauté parfois paradoxale : renoncer – apprendre à accepter l’altérité – et enfin l’intégrer. Car réussir son expatriation c’est bien devenir un autre.
mardi 24 août 2010
quelle langue?
écrit Chloemina à 10:54 0 commentaires
Libellés : expat tous les jours
lundi 23 août 2010
romaneste
cand am ajuns in Franta am inceput imediat sa caut carti despre noua mea tara, despre cum au descoperit-o si cum si-au apropriat-o altii. asa am dat, scotocind prin librarii, de Nancy Huston si carticica asta pretioasa la care ma intorc din cand in cand. relatia mea cu limba franceza e ciudata. o scriu si o vorbesc foarte bine, ii cunosc nuante si subtilitati, o gasesc plina de o gratie de salon absolut adorabila, imi place frivolitatea ei, dar cuvintele imi raman exterioare, nu-mi evoca nici forme, nici culori, nici mirosuri. nu ma emotioneaza. pentru mine, mimba asta nu are (inca) nimic visceral.
juste deux extraits:
« J’ai épousé un Corse, me dit-elle, et voilà plus de vingt ans que je vis ici. Nous avons quatre enfants. Je parle le français constamment et couramment, sans problème, mais comment dire, elle ne me touche pas cette langue et ça me désespère. Quand j’entends bracken, leave, fog, je vois et je sens ce dont il s’agit, les couleurs ocre et marron, les odeurs de l’automne, l’humidité, alors que si on me dit fougère, feuilles, brouillard, ça me laisse de glace. Je ne sens rien. »
« L’effort continuel pour comprendre me fatigue et me crispe ; parfois, en fin de soirée, je renonce à suivre la conversation et me mets à écouter les voix françaises comme une musique chaotique, dénuée de signification précise. »
de aici: 
écrit Chloemina à 10:22 0 commentaires
Libellés : expat tous les jours, my inner country
mercredi 14 avril 2010
cette autre langue que j’ai appris depuis que je vis en France
se implinesc in curand doi ani de cand sunt aici. Nu e mult, daca ma gandesc la ceea ce urmeaza, adica o viata intreaga. Dar am senzatia ca perioada asta de inceput este esentiala, formatoare. Este cea in care ai impresia unei agresiuni continue. Desi crezi ca vorbesti excelent franceza, pentru ca o vorbesti zilnic de vreo doi ani cu iubitul tau francez, observi ca de fapt nu intelegi chiar tot. La magazin, cand vanzatoarea iti spune « merci », raspunzi « moi aussi », dar nu e asta formula, ci « c’est moi », iar la « bonne journée » nu spui « à vous aussi » ca e prea brusc, ci « merci, à vous de même ». eu nici acum nu pot raspunde ca lumea cand mi se spune « merci » in diverse contexte. In general spun repede « de rien », dar mai sunt « y a pas de quoi », « c’est moi », « mais je t’en prie ». si nu ca toate aceste mici inadvertente ar fi grave, oamenii vad bine ca esti strain (« et ce petit accent ? vous venez d’où ? » I HATE THIS QUESTION. Uneori sugereaza ei : Italie ? mai ales daca ma prezint : Gabriela. Pentru ca vad in ochii lor, atunci cand raspund Romania, un amestesc de condescendenta si dezinteres. Pana la, de curand, in piata, doamna cu salate : « dites moi, pourquoi y a-t-il tant de Roumains malheureux en France ? »). Deci vad bine ca esti strain, nu asta e problema, ci ca toate detaliile astea exact asta iti amintesc fara incetare : ca esti strain. Ca vei avea mereu « ce petit accent », chiar daca poate cu timpul nu vei mai spune « je suis roumaine », ci « je suis d’origine roumaine » si nu « je viens de Roumanie », ci « mon pays d’origine c’est la Roumanie ». iar daca accentul dispare in timp, numele ramane. Gabrielllllllla. Italienne ? Non…
ET EN FRANCAIS
bientôt deux ans depuis que j’habite ici. Ce n’est pas beaucoup, si je pense à ce qui suit : ma vie entière. Mais je crois que cette première période est essentielle, formatrice. On a l’impression d’une agression continue. Tu crois que tu parles très bien le français, pour l’avoir étudié pendant de longues années et pour l’avoir parlé tous les jours depuis deux ans avec ton amoureux qui est français, mais en fait tu ne comprends pas tout. Au magasin, quand la vendeuse te dit « merci », tu réponds « moi aussi », mais ce n’est pas ça la formule, il faut plutôt dire « c’est moi », et pour « bonne journée » on ne dit pas « à vous aussi » c’est trop brusque, mais « merci, à vous de même ». encore maintenant je suis incapable de répondre bien lorsqu’on me dit « merci » dans différents contextes. En général je dis vite « de rien », mais il y a aussi « c’est moi », « mais je t’en prie » ou « y a pas de quoi ». et ce n’est pas grave toutes ces petites inadvertances, les gens voient que tu es étranger (« et ce petit accent ? vous venez d’où ? » I HATE THIS QUESTION. Parfois ils suggèrent : Italie ? surtout si je me présente : Gabriela. Je déteste cette question parce que je vois dans leur regard, lorsque je dis Roumanie, un mélange de condescendance et désintérêt. Jusqu’à, récemment, au marché, la dame aux salades: « dites moi, pourquoi y a-t-il tant de Roumains malheureux en France ? »). Ils voient bien que tu es etranger, ce n’est pas ça le problème, mais le fait que tous ces détails te rappelle sans cesse ce que tu veux oublier: le fait d’être étranger. Le fait que tu auras toujours « ce petit accent », meme si peut être qu’avec le temps, tu ne diras plus « je suis roumaine », mais « je suis d’origine roumaine » et non pas « je viens de Roumanie », mais « mon pays d’origine c’est la Roumanie ». et si l’accent va finir par disparaître il y aura toujours le nom. Gabrielllllllla. Italienne ? Non…
si, ca sa nu scriu un post complet lacrimogen, iata o parte din aceasta « alta limba franceza » pe care am invatat-o aici :
bouffe-bouffer (mancare, a manca) – dar nu e elegant
fringues, se fringuer (haine, toale, cum ar veni, a se intoli) – nu-mi place
flic (politist) – cuvant care suna pur si simplu urat
baba cool (hippy)
du fric, des sous, de la thune, du pognon (bani) – mai mult sau mai putin argotice, « sous » e foarte frecvent
kiffer, kiffer grave (imi place, imi place de mor) – limbajul adolescentilor. Asta cu « grave » apare des : « je m’ennuie grave » (ma plictisesc de mor), j’hallucine grave (nu-mi vine sa cred) etc
tronche (fata, mutra)
la toile – internetul !!!! e folosit mai rar, dar e folosit
moche (urat), foarte frecvent
écrit Chloemina à 10:55 1 commentaires
Libellés : expat tous les jours
